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Façades en plâtre à Versailles : un enduit d’époque, encore prescrit par l’ABF

Antoine de Gironde
25 oct.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Détail d'un décor en plâtre restauré sur une façade, rue Mansart à Versailles

À Versailles, de nombreuses façades du centre ancien ne sont ni en pierre de taille massive, ni en ciment : elles sont enduites au plâtre d’extérieur. C’est ce matériau que l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) et le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) demandent le plus souvent de restituer lors d’un ravalement, selon l’immeuble et son état d’origine.


Pourtant, le plâtre d’extérieur reste mal connu : on le croit souvent réservé à l’intérieur, fragile face aux intempéries ou facilement remplaçable par un enduit contemporain. Voici son histoire, ses règles de mise en œuvre et ce que la conduite d’un tel chantier exige.


Une histoire urbaine née sous Louis XIV


En 1667, une ordonnance de Louis XIV impose à Paris de recouvrir de plâtre les pans de bois des façades. Le plâtre devient alors un matériau majeur des façades urbaines d’Île-de-France.


Versailles, ville nouvelle bâtie sous Louis XIV, adopte la même logique constructive. Dans les quartiers Notre-Dame et Saint-Louis, la façade enduite au plâtre gros s’impose largement au fil du XVIIIe siècle, offrant au paysage urbain une ordonnance claire et homogène.


Un plâtre teinté dans la masse


Le plâtre de façade traditionnel n’est pas recouvert d’une peinture filmogène. Il est teinté dans la masse dès la gâchée : sa couleur provient de la nature du gypse, de la sélection des sables et, le cas échéant, de pigments minéraux dosés pour s’approcher de la teinte historique d’origine.


Cette coloration traverse toute l’épaisseur de l’enduit. Elle apporte à la maçonnerie une vibration naturelle et évite le vieillissement prématuré des peintures modernes, qui finissent par cloquer ou s’écailler.


Plusieurs finitions traditionnelles


Le plâtre d’extérieur permet différentes finitions selon l’expression architecturale recherchée :


La finition coupée ou berthelée : l’enduit est dressé puis recoupé à l’aide d’un berthelet (racloir métallique à dents), ce qui donne un parement régulier et adouci.


La finition jetée, lavée ou grattée : elle laisse apparaître le grain des sables pour donner du relief à la façade.


Le faux appareil de pierre : gravé à la pointe dans l’enduit frais, il imite le calepinage, les joints et les plates-bandes d’une façade en pierre de taille.


L’eau-forte : un badigeon de chaux très dilué, appliqué ponctuellement en dernière couche pour patiner l’ensemble, unifier le ton et apporter une peau protectrice sans bloquer la respiration du mur.


Plâtre et liants hydrauliques : un risque d’incompatibilité


C’est la règle technique fondamentale : le plâtre ne doit pas être appliqué sur un support contenant du ciment ou de la chaux hydraulique, ni entrer en contact prolongé avec eux. En présence d’humidité, la réaction entre les composants peut provoquer la formation d’ettringite, un sel minéral expansif susceptible de faire éclater l’enduit.


L’erreur la plus fréquente sur le bâti ancien consiste à appliquer un enduit au ciment sur une maçonnerie historique. En bloquant l’évaporation, il emprisonne l’eau, favorise la dégradation des moellons et interdit le retour direct au plâtre sans un piochage complet et soigné jusqu’au support d’origine.


Traiter l’humidité avant d’enduire


Dans le quartier Saint-Louis, les circulations d’eau souterraines et la nature des sols favorisent les remontées capillaires en pied de mur.


Enduire sur une maçonnerie humide ruine rapidement un travail neuf. L’assainissement préalable des maçonneries, la révision de la ventilation des caves et le drainage des soubassements doivent être réglés avant toute reprise des enduits.


Le rôle de l’architecte maître d’œuvre


Sur un ravalement au plâtre, l’architecte sécurise chaque phase du projet :


Le diagnostic préalable : il analyse la composition du support, identifie les zones dégradées et s’assure de l’absence de sels ou d’humidité résiduelle.


La prescription au CCTP : il formule la nature du plâtre d’extérieur, proscrit les mélanges incompatibles et intègre la réfection des ouvrages de protection en tête (bandeaux de zinc, corniches, débords) qui garantissent la longévité de l’enduit.


Le dossier administratif : il élabore la déclaration préalable de travaux nécessaire pour recueillir l’accord de l’ABF.


Le contrôle sur échafaudage : il fait réaliser des panneaux témoins directement sur le chantier pour valider la teinte sèche, la granulométrie et la finition avec les services instructeurs avant l’application générale.


Chantier en cours : un immeuble du boulevard du Roi à Versailles


Au rez-de-chaussée d’un immeuble classique, l’Atelier conduit la réfection d’un enduit au plâtre d’extérieur imitant un appareil de pierre. Le tracé des plates-bandes et la géométrie rayonnante des claveaux au-dessus des baies ont été calés directement sur l’échafaudage avec les compagnons pour restituer le dessin d’origine.


Autre chantier d’enduit de plâtre à Versailles : la restauration des façades de la maison du modèle, rue des Tournelles, dans le quartier Saint-Louis.


Questions fréquentes


Le plâtre résiste-t-il à la pluie sur une façade ?


Oui, à condition que le haut de la façade soit efficacement protégé (corniches, zingueries étanches, débords de toit) et régulièrement entretenu. De nombreuses façades franciliennes vieilles de plus de deux siècles en témoignent.


Plâtre ou chaux : que choisir ?


Cela dépend de la nature du bâtiment, de son support maçonné et de ce que le service urbanisme et l’ABF préconisent. À Versailles, le plâtre est souvent le matériau historique de référence en secteur sauvegardé, tandis que la chaux s’impose préférentiellement sur certains soubassements ou maçonneries spécifiques. L’examen préalable du support permet de trancher.


Pour aller plus loin





Antoine de Gironde, architecte DESA, fondateur de l'Atelier d'Architecture Antoine de Gironde à Versailles

Antoine de Gironde

Architecte DESA — Inscrit à l’Ordre des Architectes n°084305

Atelier d’Architecture Antoine de Gironde

10 rue de Fontenay, 78000 Versailles






 
 

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