Le stuc brique à Versailles : une façade qui imite le château
En observant les façades du centre historique de Versailles, nombre d’entre elles semblent composées de briques rouges ou ocres parfaitement appareillées. En s’approchant, on découvre pourtant qu’il ne s’agit pas de briques de maçonnerie, mais d’un enduit savant : le stuc brique.
Comprendre l’origine et la technique de ce trompe-l’œil aide à déterminer ce que l’on doit conserver, ce que l’on peut restituer et ce que les services de l’urbanisme et l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) attendent lors d’un ravalement.
Une façade pensée pour dialoguer avec le château
Quand la ville nouvelle de Versailles est tracée sous Louis XIV, les maisons sont pensées en cohérence avec le château, dont les ailes côté cour associent la brique rouge, la pierre claire et l’ardoise des combles. La Ville de Versailles rappelle aussi le règlement de Robert de Cotte de 1715, qui imposait aux propriétaires la symétrie réglée par le roi.
Sur de nombreuses façades, cet aspect est obtenu non par de la brique de parement, mais par un enduit : c’est le trompe-l’œil que l’on appelle le stuc brique.
Une maçonnerie locale habillée en trompe-l’œil
Les immeubles versaillais étaient souvent montés en moellons, une maçonnerie locale. Pour obtenir l’aspect de la brique, on la recouvrait d’un enduit de plâtre et de chaux teinté à l’ocre rouge ou jaune, dans lequel on traçait de faux joints pour reproduire le calepinage et le rythme d’une véritable maçonnerie de brique.
Aujourd’hui, dans le périmètre du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), le règlement demande de conserver le faux appareil et de reconstituer les décors de fausses briques peints, avec l’approbation de l’ABF. La brique, elle, ne doit être ni peinte ni enduite. Hors PSMV, les prescriptions architecturales de la Ville demandent, selon les secteurs, de maintenir ou de restituer les joints creux et le faux appareil lors des ravalements.
Comment lire et diagnostiquer une façade en stuc brique
Avant toute décision de travaux, l’architecte conduit un diagnostic approfondi :
L’observation du grain et des raccords : repérer les zones où l’enduit d’origine subsiste sous d’anciennes couches de peinture.
Les sondages stratigraphiques : réalisés au scalpel dans des zones protégées des intempéries, ils permettent de retrouver la composition de l’enduit d’origine, sa nuance exacte d’ocre et le dessin initial des filets de joints.
La confrontation aux archives : plans anciens, photographies d’époque et cadastre ancien confirment le parti architectural d’origine.
C’est sur la base de ce relevé que l’architecte rédige la notice patrimoniale du dossier de déclaration préalable, nécessaire pour obtenir l’accord de l’ABF.
Les erreurs courantes à éviter
Recouvrir le décor d’une peinture uniforme : appliquer une peinture opaque monochrome efface le travail des joints incisés et dénature tout le relief de la composition.
Replaquer de la vraie brique industrielle : coller des plaquettes contemporaines sur un enduit historique constitue un contresens patrimonial complet.
Utiliser des mortiers au ciment ou des nettoyages abrasifs : le ciment bloque les échanges d’humidité, et le sablage détruit l’épiderme fin du décor.
Le rôle de l’architecte maître d’œuvre
Restaurer un stuc brique exige une maîtrise d’œuvre attentive :
La prescription technique (CCTP) : l’architecte formule le mortier (chaux et plâtre), sélectionne les pigments minéraux et décrit la technique de traçage des joints.
La sélection de l’entreprise : il retient des artisans formés aux enduits traditionnels et aux décors du bâti ancien.
La validation sur échafaudage : des échantillons de teinte, de texture et de calepinage sont réalisés sur place. L’architecte les valide avec les services de la Ville et l’ABF avant toute application générale.
Questions fréquentes
Le stuc brique est-il de la vraie brique ?
Non. C’est un enduit traditionnel à base de plâtre et de chaux, teinté dans la masse avec des ocres et gravé ou peint de faux joints pour reproduire l’aspect de la brique.
Faut-il conserver ou restituer un stuc brique ?
Oui, dès lors qu’il fait partie de l’état d’origine du bâtiment. Dans le périmètre du PSMV, le règlement demande la reconstitution des décors de fausses briques, avec l’approbation de l’ABF. L’analyse des strates historiques et le dialogue avec l’ABF permettent d’arrêter le parti de restauration.
Peut-on refaire un stuc brique à l’identique ?
Oui, avec une entreprise qualifiée dans les enduits traditionnels et après validation d’échantillons sur place.
Pour aller plus loin
Antoine de Gironde
Architecte DESA — Inscrit à l’Ordre des Architectes n°084305
Atelier d’Architecture Antoine de Gironde
10 rue de Fontenay, 78000 Versailles



