Restaurer une souche de cheminée en brique polychrome à Versailles : préserver la matière et le dessin
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
En bref : une souche de cheminée en brique polychrome se restaure en conservant la matière et le dessin d’origine. On commence par un diagnostic, on refait des joints qui épousent la brique avec un mortier de chaux compatible, on répare ou on réemploie les briques plutôt que de les remplacer, on nettoie sans abraser, et on reprend solins et zinguerie. Un échantillon témoin validé avant le chantier évite la plupart des erreurs.
Mis à jour le 25 octobre 2026.

La brique est un matériau que l’on remarque peu, jusqu’au jour où ses joints s’effritent, où l’eau s’infiltre sous la couverture ou qu’une fissure fragilise une souche de cheminée. Sur les toits de Versailles, ces ouvrages en briques polychromes comptent pourtant parmi les détails qui donnent au paysage urbain son caractère.
Leur restauration ne se résume pas à reboucher les joints ou à remplacer les éléments abîmés. Elle suppose de comprendre la maçonnerie, d’identifier les causes des désordres et de concilier conservation de la matière ancienne, protection contre les intempéries et respect de l’aspect architectural. Le chantier de la rue Mansart illustre cette démarche.
Une souche en briques polychromes, rue Mansart à Versailles
Lors d’une opération de ravalement et de réfection de toiture rue Mansart, les souches présentaient un appareillage de la fin du XIXe siècle associant briques rouges, briques jaunes flammées et briques émaillées, une écriture que l’on retrouve dans le stuc brique à Versailles.
À cette époque, la souche n’est pas seulement un conduit qui dépasse du toit : son couronnement prolonge, jusque dans le profil de la toiture, le dessin de la façade. L’enjeu n’était donc pas de reconstruire à neuf, mais de préserver cette composition : nettoyer sans dégrader, reprendre les joints, réparer les briques quand leur état le permet et ne remplacer que celles dont la conservation n’est plus possible. C’est le principe de la restauration patrimoniale : conserver la matière ancienne chaque fois que son état et sa fonction le permettent.
Commencer par le diagnostic
Avant de choisir un mortier ou une méthode de nettoyage, il faut comprendre pourquoi la maçonnerie se dégrade. L’inspection rapprochée, depuis l’échafaudage, permet de distinguer les désordres superficiels des altérations profondes. Le relevé porte sur :
Les joints : perte de cohésion, fissuration, profondeur des lacunes.
Les briques : fissures, épaufrures, éclatement de la surface, décollement de l’émail.
L’humidité : auréoles, sels, mousses ou infiltrations, à interpréter selon leur emplacement.
La stabilité : fissures traversantes, déformations, briques descellées.
Le couronnement et les raccordements : mitrons, solins, engravures, zinguerie.
Accompagné de photographies, ce relevé hiérarchise les interventions. Il évite surtout de remplacer des briques anciennes encore saines au seul motif qu’elles portent les marques du temps.
Le dessin du joint : une question technique autant qu’esthétique
Le joint lie les briques, protège la maçonnerie des infiltrations et participe à l’expression du parement. Son profil, sa largeur et sa couleur se choisissent donc en fonction des dispositions anciennes encore lisibles, de l’exposition et de la nature des briques.
Un joint qui épouse la brique
Rue Mansart, le joint a été exécuté affleurant, pour accompagner le dessin des briques sans créer de creux ni masquer leurs arêtes. Ce profil limite la stagnation de l’eau et garde une lecture nette de l’appareillage. Un joint historique encore en bon état reste toutefois le meilleur indice pour définir la finition à restituer.
À l’inverse, un joint profondément creusé accentue artificiellement le relief, rompt l’équilibre visuel d’un parement polychrome et peut favoriser la rétention d’eau, surtout au contact de briques émaillées dont la surface est fragile.
L’épaisseur et la couleur des joints
Rue Mansart, l’épaisseur des joints a été maintenue entre 10 et 12 mm, et ceux qui séparent les briques jaunes ont été légèrement éclaircis, pour respecter le contraste recherché par les bâtisseurs d’origine. La teinte du mortier s’apprécie sur un échantillon, après séchage, de près comme depuis la rue. L’objectif n’est pas de rendre le rejointoiement invisible, mais de retrouver une cohérence d’ensemble sans effacer le caractère historique du parement.
Le mortier : choisir la compatibilité avant la recette
Le mortier doit être compatible avec les briques existantes, par ses propriétés mécaniques comme par son comportement vis-à-vis de l’eau. La chaux est la solution traditionnelle, mais le mot « chaux » ne suffit pas : liant, dosage, sable, porosité et exposition s’étudient ensemble. Un mortier trop dur reporte les contraintes sur la brique ; un mortier mal mis en œuvre se dégrade vite.
Le ciment ne doit donc pas être employé par automatisme : les référentiels de restauration du patrimoine considèrent que les joints au ciment pur ou chaux-ciment répondent rarement aux exigences patrimoniales. La composition est définie à partir du diagnostic et d’essais préalables, puis formalisée dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP). Cette logique de compatibilité vaut pour tous les matériaux anciens, comme pour les façades en plâtre à Versailles.
Réparer plutôt que remplacer
Reprises ponctuelles : une brique peu altérée est conservée, à condition que la réparation ne masque pas un désordre plus profond.
Remplacement et réemploi : une brique brisée ou altérée à cœur est déposée avec précaution, puis remplacée par une brique de réemploi accordée en format, texture et couleur.
Briques émaillées : retouchées et patinées plutôt que remplacées.
Mitrons : les mitrons dégradés ont été remplacés par des mitrons neufs émaillés, regroupés par typologie sur chaque souche pour préserver l’harmonie de l’ensemble.
Nettoyer sans dégrader
Le nettoyage retire les salissures qui gênent la lecture de la maçonnerie, sans chercher l’aspect d’une brique neuve. Un brossage doux ou un lavage à l’eau maîtrisé suffisent souvent, testés d’abord sur une zone limitée. Les procédés abrasifs sont à proscrire : ils érodent les arêtes, altèrent la surface cuite et peuvent détruire l’émail. Mousses et dépôts doivent aussi faire chercher leur cause (défaut de couronnement, de raccordement ou d’évacuation de l’eau), faute de quoi le désordre revient.
L’étanchéité des raccordements : solins et zinguerie
Une souche vieillit d’abord par sa base : une maçonnerie parfaitement restaurée se dégrade de nouveau si l’eau pénètre au niveau des solins. Rue Mansart, solins et engravures ont été refaits, et la méthodologie de mise en œuvre a été présentée à la maîtrise d’œuvre avant exécution. Ce travail demande une coordination étroite entre le maçon et le couvreur, et un contrôle sur place, car les pentes et les irrégularités de la maçonnerie ne se lisent pas toujours sur un plan.
Le dialogue entre l’architecte et les compagnons
Le CCTP fixe les objectifs et les matériaux, mais le rendu dépend du geste d’exécution. C’est pourquoi un échantillon témoin est précieux : il permet de valider l’aspect du parement, la largeur et le profil des joints et l’équilibre des couleurs avant de poursuivre, de près depuis l’échafaudage puis avec le recul de la rue. Ce suivi régulier, que nous décrivons aussi dans notre article sur le suivi du chantier par l’architecte maître d’œuvre, prévient les reprises.
Les erreurs à éviter
Rejointoyer sans diagnostic : reprendre tous les joints par principe supprime des parties encore saines.
Employer un mortier inadapté : trop rigide ou différent du support, il accélère les dégradations.
Nettoyer trop agressivement : l’abrasion abîme la brique et les émaux.
Creuser les joints sans précaution : le dégarnissage ébrèche les briques et élargit les joints.
Remplacer toutes les briques par sécurité : le remplacement se justifie par l’état de la brique, pas par la recherche d’un parement uniforme.
Négliger les raccordements de toiture : la réparation ne dure pas si les infiltrations persistent.
Appliquer un hydrofuge sans étude : il modifie les échanges d’humidité de la maçonnerie.
Questions fréquentes
Peut-on remplacer une brique abîmée sans reconstruire toute la souche ?
Oui, lorsque le désordre est localisé et que l’ouvrage reste stable : la brique altérée est déposée ponctuellement et remplacée par un élément compatible. En cas de fissures traversantes ou de déplacements, une évaluation plus approfondie s’impose d’abord.
Faut-il imperméabiliser une souche en brique ?
Pas systématiquement. Il faut d’abord identifier les voies de pénétration de l’eau. Un hydrofuge ne remplace ni un rejointoiement adapté ni la réparation d’un solin défectueux.
Comment savoir si une souche est dangereuse ?
Briques descellées, fissures traversantes, déplacement ou déformation sont des signes d’alerte. En cas de doute, faites examiner la souche rapidement par un professionnel, surtout si des éléments risquent de tomber sur la voie publique.
Faut-il une autorisation pour restaurer une souche de cheminée à Versailles ?
Cela dépend des travaux et de la situation de l’immeuble. À Versailles, selon l’emplacement, les travaux extérieurs peuvent nécessiter l’accord de l’architecte des Bâtiments de France (article L632-2 du Code du patrimoine pour les sites patrimoniaux remarquables). Vérifiez le régime applicable auprès du service d’urbanisme avant tout chantier, et consultez notre article sur les couleurs historiques à Versailles.
Restaurer la matière, préserver le paysage versaillais
Rue Mansart, la démarche consiste à examiner avant d’intervenir, à conserver ce qui peut l’être et à adapter les réparations à la maçonnerie. C’est dans cet équilibre entre diagnostic, savoir-faire artisanal et exigence architecturale que se construit une restauration durable.
Sur ce site : le ravalement de la rue Mansart
Antoine de Gironde
Architecte DESA — Inscrit à l’Ordre des Architectes n°084305
Atelier d’Architecture Antoine de Gironde
10 rue de Fontenay, 78000 Versailles
Pour aller plus loin
Sources
Code du patrimoine, article L632-2 (accord de l’architecte des Bâtiments de France dans les sites patrimoniaux remarquables).
Service public de Wallonie, Département du patrimoine, fiche FARCC 03.0113.04.01 « Maçonneries : déjointoiement et préparation du support », référence de bonne pratique en restauration du patrimoine.


